En cette saison, dans les sinueux lacets du Boiron, on peut croiser de charmantes demoiselles. On les appelle aussi zygoptères. Ce ne sont pas, à proprement parler, des libellules. Les libellules, elles, ont l’œil droit et gauche qui se touchent. Elles ont un corps plus épais et ne replient pas leurs ailes vers le haut au repos.
J’en avais peur à une époque et je les trouve encore un peu inquiétantes aujourd’hui. Des insectes de cette forme, appelés Meganeura, mesurant 30 centimètres de longs et 80 centimètres d’envergure volaient dans les forêts de la période Carbonifère supérieure. On en a retrouvé sous forme fossile en France et au Royaume-Uni. Effrayant!
La demoiselle que j’ai vu ce jour-là a des manières plus discrètes. Elle replie ses ailes vers le haut lorsqu’elle se pose sur la feuille. Ses yeux sont plus petits — et bien séparés.
Je suis parti pour cette balade en espérant revenir avec une bonne photo. Et la nature m’a offert cette rencontre. Juste celle là. La zygoptère est restée tranquille sur cette feuille. Aucune autre personne ni aucun chien n’est venu nous déranger. J’ai pu appuyer plusieurs fois sur le bouton de déclenchement de l’appareil en variant la mise au point pour augmenter mes chances d’avoir au moins une bonne photo. Bien sûr, j’ai tenté de prendre d’autres zygoptères en photo plus loin — sans succès. Elles s’envolaient toujours dès que je montais mon appareil vers mon visage. Ou elles étaient chassées par des joggers ou des chiens en balade. Pourtant, je suis reparti très content de la chance qui m’avait été offerte.
J’ai ajouté cette rencontre sur iNaturalist.org. Si vous en savez plus sur cette demoiselle, allez affiner l’identification là-bas.
Le bourdon filait d’une fleur à l’autre; d’une branche à l’autre; d’un arbre à l’autre même sur la Place du Château à Nyon. Nous étions mi-Mars. Il lui fallait récolter suffisamment de nectar pour passer les journées venteuses qui se profilaient. Il ne semblait pas se soucier que je le suive avec un objectif macro de 85mm monté sur mon appareil photo. Je pouvais le retrouver parmi ses congénères car, lui, avait les bords des ailes élimés. Avait-il été attaqué ? malade ? Était-ce son grand âge ?
Saviez-vous que des fourmis vivent et travaillent sur les remparts de la ville de Nyon? Je marchais le long de la promenade des vieilles murailles en regardant les plantes qui vivent dans les fissures du mur. A la hauteur du Manoir, j’ai remarqué des fourmis qui se baladaient sur le rempart.
Mon appareil était, alors, équipé d’un objectif macro de 40mm. Inadéquat pour espérer photographier de petites fourmis. Le jour suivant, je suis revenu avec un objectif de 85mm. L’outil reste assez mal adapté, surtout que mon appareil n’a pas l’autofocus le plus performant. Mais à force de persévérance, j’ai réussi à prendre quelques photos valables.
Identification de l’espèce difficile
Sur les pierres les plus claires du mur, les insectes ressortent bien. Malheureusement, il est difficile d’identifier l’espèce exacte de fourmi à partir de ce genre de photos. L’application iNaturalist m’a proposé Lasius brunneus mais un autre utilisateur propose plutôt Lasius emarginatus. Je ne saurais trancher ce débat moi-même, j’attends donc de nouvelles identifications par d’autres utilisateurs et utilisatrices de l’application.
Celle-ci grimpe le long du mur d’un pas déterminé. Ou plutôt, elle descend et j’ai retourné la photo pour qu’elle soit plus satisfaisante sur le plan narratif.
Cette petite fourmi court sur un sol inégal en poussant un immense fardeau.
Profondeur de champs
Ces clichés ont une profondeur de champ très réduite. La zone nette de l’image est très petite — parfois plus réduite encore que la longueur d’une seule fourmi.
Avec un appareil sur trépied, plusieurs clichés dont la mise au point varie régulièrement peuvent se combiner avec des programmes informatiques ou services en ligne spécialisés comme focusstackingonline.com. Les zones nettes des différentes photos se combinent pour en former une seule parfaitement nette. Les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous surtout si le sujet bouge ou qu’on essaie de fusionner des clichés pris sans trépied. Parfois, on est obligé d’accepter les limites. Et, parfois, les limites rendent la photo plus intéressante.
Une profondeur de champ réduite oblige à accepter le flou devant et derrière l’objet de l’observation. C’est assez magique. Photographe et récipiendaires de l’image sont ainsi forcés de se concentrer sur une seule chose. La zone nette est très petite et localisée. Elle nous ramène et nous maintient dans un ici et maintenant. Les zones floues jouent ainsi un rôle très important. Le flou tient le reste du monde à distance pendant qu’on observe l’image.
Pour agir, on a besoin d’être situé et ancré dans un endroit et un temps précis. Nous avons des forces et un pouvoir limités même si beaucoup attendent de nous de toujours optimiser et maximiser notre impact avec de nouvelles méthodes et de nouveaux outils.
Nouveaux outils?
En utilisant des outils d’intelligence artificielle générative comme Firefly Image 5 ou Nano Banana Pro, je pourrais obtenir à la pelle des images de fourmi d’une netteté parfaite. En revanche, il ne s’agirait pas d’une photo de cette fourmi précise. Ce serait une image représentant une fourmi fictionnelle ou toutes les fourmis à la fois. Cette image là n’illustrerait pas mon propos car mon propos est de raconter ma rencontre avec ces fourmis précisément.
Tout comme nous, la petite fourmi doit s’ancrer dans un endroit et un moment précis pour agir. Elle déplace un unique morceau de feuille à la fois. Ce morceau peut nous paraître tout petit. Mais elle est capable de faire de nombreux allers-retours. Et surtout, elle peut compter sur les autres fourmis pour suivre son exemple et, ensemble, elles peuvent ramener beaucoup de ressources dans la colonie.
Nature en ville et découvertes
Depuis que je me promène plus souvent en ville avec mon appareil, je remarque tout un tas de choses fascinantes — à différentes échelles. Et je fais de nombreuses rencontres très enrichissantes.
Qu’ils bordent la promenade des vieilles murailles, la Rue de l’Industrie, les ruelles des Moulins, de la Tour, ou de la Poterne, les vieux murs de la ville de Nyon abritent des mousses, des lichens, des plantes et des animaux merveilleux. Pour les rencontrer, il suffit de s’arrêter et d’attendre quelques secondes. Notre attention se recalibre alors pour nous offrir la possibilité de voir des détails qui semblaient ne pas exister quelques secondes auparavant. Essayez, vous verrez.
J’étais sorti pour prendre quelques clichés de la mini-figurine chasseresse de monstres dans la lumière du début de soirée. La sortie piétonne du parking de la Duche qui donne sur la ruelle de la Tour offre une variété de murs anciens et contemporains sur lesquels poser des jouets à photographier.
J’étais concentré à composer mes images, gérer les reflets sur les visages en plastique de mes sujets, sans gêner la circulation des gens sur le chemin. Entre deux clichés, ressortant mon visage du viseur de mon appareil, j’ai été surpris. Un coléoptère noir matte à l’allure un brin inquiétante marchait vers mes mini-figurines et ma lampe LED. Sa démarche était lente et saccadée, sans être pour autant hésitante. J’ai immédiatement remis mes jouets dans leur boîte pour lui ouvrir le passage. Et essayer de faire de belles photos.
Coléoptère noir rencontré à la Duche à Nyon un peu avant la tombée du jour.
Il a continué d’avancer sur le haut du muret. Plusieurs fois, il s’est approché du bord en bougeant les antennes. Apparemment, à chaque fois, il estimait que le mur était trop vertical et trop lisse. Il a renoncé. Rebroussant chemin, il s’en est retourné dans la prairie pleine d’herbes et de graminées bien vertes qui s’étend au pied des pommiers.
Identifier l’espèce
Il est évident que c’est un coléoptère. Mais, comme toujours, j’ai du mal à identifier le genre et l’espèce. Mon observation de ce coléoptère est dans iNaturalist.org avec différentes photographies. J’ai demandé à Euria d’analyser une photo en lui donnant le lieu de l’observation et l’outil propose le genre Blaps. N’hésitez pas à le faire savoir dans les commentaires ici ou sur iNatualist si vous pouvez aider à l’identification.
Je suis toujours ravi de pouvoir découvrir la nature en pleine ville. Dans cette commune de Nyon, rester quelques minutes au même endroit en faisant attention à ce qui nous entoure suffit souvent pour faire de magnifiques rencontres.