La Descente d'Inanna aux Enfers

Statue de la déesse Inanna/Ishtar

Un jour Inanna tourna son attention vers le royaume d’où personne ne revient jamais: le séjour des morts placé sous le joug de sa soeur Ereshkigal, un royaume sans lumière où les seuls nourritures sont l’argile et la poussière. Elle décida de se rendre dans le royaume souterrain en abandonnant le ciel et la terre sur lesquels elle régnait.

Elle se para de ses plus beaux atours — les attributs de son pouvoir. Elle les prit un à un dans son coffre en bois de saule. Elle enfila d’abord sa robe. Elle mit les bracelets tintant à ses poignets et ses chevilles. Elle serra autour de sa taille son corset orné des douzes signes du zodiac et de leurs douze pierres précieuses respectives1. Elle accrocha sur chacun de ses seins une pierre ovale. Elle mit son collier de lapis-lazuli. Elle pendit à ses lobes, ses boucles d’oreille. Et pour finir, elle glissa son diadème dans sa chevelure.

Elle prit ainsi la route avec sa confidente2, Ninshubur.

En chemin, elle lui dit:

«Ecoute, Ninshubur, et suit bien mes instructions à la lettre. Veille bien à n’en oublier aucune. Si je ne suis pas remontée d’ici trois jours et trois nuits, lamente toi dans mes maisons vides. Bat du tambour dans mes sanctuaires. Lacère-toi les yeux, lacère-toi le nez. En privé, lacère-toi les fesses. Ne te vêtis que d’une seule étoffe comme une pauvresse. Et toute seule, va trouver le roi des dieux, Enlil…» Tout au long de l’interminable chemin, elle donna à Ninshubur des instructions précises. Et Ninshubur écouta avec la plus grande attention sa maîtresse et amie.

Au bout de la longue route, Ninshubur et Inanna arrivèrent devant la porte qui marquait l’entrée du royaume de Ereshkigal. Personne n’était jamais revenu de ce royaume. Peu de gens y entraient par cette porte. Les morts entraient plus directement par la tombe. La grande porte était si peu utilisée que la poussière s’était accumulée sur le linteau, les gonds, le verrou et le seuil.

Trouvant la porte close et personne en vue pour lui ouvrir, Inanna se mit à frapper à la porte de ses deux poings en hurlant qu’on la laisse entrer. Le vacarme qu’elle faisait était énorme. La porte en tremblait.

Au portier venu voir ce qu’il se passait, elle dit: «Portier, laisse-moi entrer. Je suis Inanna, la soeur de Ereshkigal, j’apporte pour son défunt mari les libations de son rite funéraire. C’est la raison de ma présence.

Si l’entrée m’est refusée, je ferai voler en éclat la lourde porte. Je détruirai le verrou. Je tordrai les gonds. Les morts innombrables libre de s’en aller se gorgeront de la chair et du sang des vivants jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un seul.»

«Ne fais pas cela, Inanna, je vais trouver ma maîtresse Ereshkigal et lui rapporter tes paroles», répondit le portier inquiet.

Le portier alla voir sa dame Ereshkigal dans la salle du trône au fond du royaume souterrain. Il lui rapporta que sa soeur Inanna insistait pour descendre la voir. Le portier décrivit à la reine Ereshkigal comment sa soeur était apprêtée avec les sept attributs de pouvoir: le diadème, les boucles d’oreille, le collier de lapis-lazuli, les pierres ovales ornant sa poitrine, le corset orné des douzes signes du zodiac et de leurs douze pierres précieuses respectives1, les bracelets tintants à ses poignets et à ses chevilles, et sa robe. Il lui rapporta mot pour mot et son envie de participer aux rites funéraires de son beau-frère et les menaces qui fusaient de sa bouche.

«Qu’est-ce qui prend ma soeur de vouloir descendre avec tant d’empressement? Quelle idée peut-elle bien avoir en tête? Quels impétueux sentiments l’animent? Se peut-il qu’elle souhaite demeurer avec moi dans mon royaume sombre et froid où l’argile et la poussière sont nos seuls nourritures; où nous vivons dans la pénombre… Voudrait-elle partager mon fardeau et pleurer les épouses arrachés aux caresses de leur époux? Pleurer les hommes qui ont quitté leur femme? Pleurer les enfants venus ici trop tôt?» se demanda la déesse des Enfers.

Incertaine sur les projets de sa soeur, la reine des Enfers réflechit un moment puis ordonna au portier:

«Portier, écoute et suit bien mes instructions à la lettre. Veille à n’en oublier aucune. Va la chercher. En montant, barre après ton passage les sept portes. En redescendant avec elle, pour chaque porte qu’elle franchira, tu lui prendra un attribut de pouvoir. De cette manière, en franchissant la dernière, elle sera nue et modeste pour apparaître devant moi.»

Ainsi le portier remonta chercher la soeur de sa reine. Chaque fois qu’il passait une porte, il ordonnait qu’elle soit fermée à double tour et barrée derrière lui jusqu’au moment de son retour.

Une fois arrivé dehors, il dit à Inanna: «Ma reine t’accueille avec plaisir».

«Pour passer la porte, tu dois te départir de ton diadème» ajouta-t-il en soulevant le diadème de sa tête et en le glissant hors de sa chevelure. Elle tenta de protester mais le portier répondit «Soit satisfaite, Inanna, nous descendons en respectant la coutume du royaume souterrain».

Ils descendirent et laissèrent derrière eux la lumière aveuglante du soleil summérien.

Arrivés devant la deuxième porte, le portier dit: «Pour passer la porte, tu dois te départir de tes boucles d’oreille». Le portier décrocha de ses lobes ses deux boucles d’oreilles. La déesse tenta à nouveau de protester mais le portier répondit à nouveau: «Soit satisfaite, Inanna, nous descendons en respectant la coutume du royaume souterrain».

Ils continuèrent de descendre et les ténèbres s’épaissirent encore.

Arrivés devant la troisième porte, le portier dit: «Pour passer la porte, tu dois te départir de ton collier de lapis-lazuli». Il glissa ses mains de part et d’autre de son cou. D’un geste habile, il défit le fermoire de son collier qu’il retira ensuite de son cou. La déesse tenta à nouveau de protester mais le portier répondit à nouveau: «Soit satisfaite, Inanna, nous descendons en respectant la coutume du royaume souterrain».

Les ténèbres continuaient de s’épaissir à mesure qu’ils descendaient.

Arrivés devant la quatrième porte, le portier dit: «Pour passer la porte, tu dois te départir des pierres ovales ornant ta poitrine». Le portier retira délicatement les pierres ornant les seins de la déesse. La déesse tenta à nouveau de protester mais le portier répondit à nouveau: «Soit satisfaite, Inanna, nous descendons en respectant la coutume du royaume souterrain».

Ils continuèrent de descendre.

Arrivés devant la cinquième porte, le portier dit: «Pour passer la porte, tu dois te départir de ton corset orné des douzes signes du zodiac et de leurs douze pierres précieuses respectives1». Le portier défit le lacet qui serrait le corsage de la déesse et lui retira. La déesse tenta à nouveau de protester mais le portier répondit à nouveau: «Soit satisfaite, Inanna, nous descendons en respectant la coutume du royaume souterrain».

Arrivés devant la sixième porte, le portier dit: «Pour passer la porte, tu dois te départir des bracelets tintants à tes poignets et à tes chevilles». Le portier s’agenouilla devant la déesse et retira un à un les bracelets tintants de sa cheville droite puis gauche. Il se releva et fit de même en retirant les bracelets de son poignet droit puis gauche. La déesse tenta à nouveau de protester mais le portier répondit à nouveau: «Soit satisfaite, Inanna, nous descendons en respectant la coutume du royaume souterrain».

Ils avancèrent vers la salle du trône de Ereshkigal et arrivés devant la septième porte, le portier dit: «Pour passer la porte, tu dois te départir de ta robe». Le portier souleva sa robe au dessus de sa tête. La déesse tenta à nouveau de protester mais le portier répondit à nouveau: «Soit satisfaite, Inanna, nous nous présentons devant Ereshkigal en respectant la coutume du royaume souterrain».

Ainsi, elle se présenta nue au pied du trône de sa soeur. Ereshkigal la fit s’agenouiller devant elle. Dans un sursaut d’égo et de fureur, Inanna bondit et jeta sa soeur au pied de son trône avant de s’y asseoir elle-même3.

Ereshkigal tomba les fesses dans la poussière et se mit à hurler. Son cri résonna à travers le monde entier.

Elle cria «Namtar, emprisonne-la dans mes gêoles. Répend sur elle soixante maladies pour punir son insolence. Aveugle-la d’une maladie des yeux. Qu’une maladie des oreilles l’assourdisse. Qu’une maladie de la gorge la rende muette. Qu’une maladie du foie se répande en elle. Qu’une maladie des pieds l’empêche de marcher. Qu’une maladie cardiaque arrête son coeur. Qu’une maladie de la tête ronge son cerveau».

Namtar envoya des démons pour executer la sentence à l’encontre d’Inanna. Leurs pouvoirs étaient trop grand pour la déesse. Et la vie la quitta. Ereshkigal ordonna que son corps sans vie soit accroché à un clou près de son trône.

Au dehors, Ninshubur attendait. Au bout de trois jours et trois nuits, Ninshubur délaissa ses luxueux vêtements et revêtit une robe de deuil d’un seul tissu comme une pauvresse. Elle se lacera les yeux, elle se lacera le nez. En privé, elle se lacéra les fesses. Puis, elle se rendit dans chacun des temples dont Inanna était maintenant absente. Elle les visita un à un à travers tout le pays. Ses lamentations résonnaient dans ses maisons vides. Elle alla battre le tambour sur ses tertes et dans ses sanctuaires deserts.

Au cours de son périple, elle put constater que dans tout le monde, les désirs charnels étaient tarris. Le monde ressentait cruellement l’absence d’Inanna. Le taureau ne voulait plus monter les vaches. L’âne ne voulait plus monter l’ânesse. Le bouc délaissait la brebis. Les hommes se désintéressaient des jeunes femmes: ils dormaient seuls sur leurs paillasses. Les jeunes femmes dormaient seules, elles aussi, dans leurs chambres.

Après avoir porté et manifesté son deuil à travers tout le royaume d’Inanna, et toujours selon les instructions de cette dernière, elle voyagea jusque dans la maison de Enlil pour demander son aide.

«Roi Enlil, ne laisse pas ta petite-fille mourir aux Enfers» supplia-t-elle. «Ne laisse pas ton métal précieux former un alliage avec la poussière du monde souterrain. Ne laisse pas ton lapis être fracassé par la pierre du maçon. Ne laisse pas tes bois rares être mêlés au bois de charpente. Ne laisse pas Inanna mourir aux Enfers»

Le visage d’Enlil resta sévère. Le dieu resta sourd aux suppliques de Ninshubur malgré sa grande éloquence. Le dieu visiblement en colère répondit: «Ma petite-fille Inanna régnait sur le ciel et la terre. Elle convoitait le monde souterrain également. Les pouvoirs du monde souterrain ne devraient jamais être convoités car quiconque les obtient doit y demeurer à jamais».

N’ayant pas reçu d’aide d’Enlil, Ninshubur reprit sa route et chemina jusqu’à la maison de Nanna.

«Nanna, ne laisse pas Inanna mourir aux Enfers» supplia-t-elle. «Ne laisse pas le métal précieux former un alliage avec la poussière du monde souterrain. Ne laisse pas le lapis être fracassé par la pierre du maçon. Ne laisse pas les bois rares être mêlés au bois de charpente. Ne laisse pas Inanna mourir aux Enfers»

Mais son éloquante supplique n’émut pas plus Nanna qu’elle n’avait émue Enlil. Le dieu lui fit à peu près la même réponse. «Inanna régnait sur le ciel et la terre. Elle convoitait le monde souterrain également. Les pouvoirs du monde souterrain ne devraient jamais être convoités car quiconque les obtient doit y demeurer à jamais».

Le dieu avait, en disant ces mots, des yeux furieux. Ninshubur se retira. N’ayant pas obtenu d’aide de Nanna, elle chemina vers la maison d’Enki. Une fois arrivée là bas, elle supplia à nouveau avec éloquence.

«Enki, ne laisse pas ta petite-fille mourir aux Enfers» supplia-t-elle. «Ne laisse pas ton métal précieux former un alliage avec la poussière du monde souterrain. Ne laisse pas ton lapis être fracassé par la pierre du maçon. Ne laisse pas tes bois rares être mêlés au bois de charpente. Ne laisse pas ta petite-fille, Inanna, mourir aux Enfers»

«Qu’a-t-elle fait?» demanda le dieu. «Elle qui règne sur toutes les terres, qu’a-t-elle fait? Elle me donne du souci.»

Ninshubur raconta à Enki toute l’histoire. Et, lui, contrairement aux autres dieux décida d’apporter son aide à la déesse.

Il racla de la terre sous son ongle. Avec cette terre, il façonna le kur-jara. Puis, il racla de la terre sous son deuxième ongle. Avec cette terre là, il façonna le gala-tura.

Au kur-jara, il confia la plante qui donne vie. Au gala-tura, il confia l’eau qui donne vie.

Il s’adressa ensuite à eux et leur expliqua ce qu’ils devaient faire. «Dirigez-vous vers le monde souterrain. Passez la porte comme des insectes. Passez comme des spectres. Ereshkigal, ses cheveux sales et raides tombant en fagots sur ses épaules nues et les seins vidés par les chagrins du deuil se tient là bas. De chagrin, elle se lacère les bras de ses ongles. »

Il leur expliqua comment entrer dans ses bonnes grâces et leur indiqua la bonne direction.

Ils marchèrent donc vers le monde souterrain. Ils passèrent les portes de la manière qu’Enki leur avait enseigné. En descendant, ils entendirent les lamentations de la veuve résonner dans les tunnels du monde souterrain. Elle se lamenta: «Oh mon coeur»! Et ils répondirent selon les instructions d’Enki: «Vous êtes troublée, Oh ma reine: Oh votre coeur». Puis elle se lamenta «Oh mon foie»! Ce à quoi ils répondirent, toujours selon les instructions d’Enki: «Vous êtes troublée, Oh ma reine: Oh votre foie».

A ces voix compatissantes, elle demanda «Qui êtes-vous?» Et avant qu’ils aient pu répondre, elle ajouta: «De coeur à coeur et de foie à foie, je promets que si vous êtes des dieux, je m’entretiendrai avec vous et si vous êtes des hommes, je vous décreterai un grand destin». Ils lui demandèrent de le jurer. Lorsqu’elle eut juré, ils descendirent jusque dans la salle du trône.

Une fois en face d’eux, elle leur offrit à boire l’eau de toute une rivière. Ils refusèrent. Elle leur offrit alors à manger autant de grain que pouvait produire un champ entier. Ils refusèrent. A la place, ils demandèrent le corps pendu au clou. Ereshkigal répondit «Il s’agit du corps de votre reine». Ils dirent «Peu nous importe qu’ils s’agisse d’une reine ou d’un roi, donne le nous».

Elle leur donna le corps pendu au clou. Ils prirent le corps sans vie de la déesse dans leurs bras. L’un d’eux émietta la plante qui donne la vie au dessus de sa tête et l’autre versa entre ses lèvres grises l’eau qui donne la vie. Ses joues et ses lèvres s’emprouprèrent de suite. Et Inanna se leva d’entre les morts.

Ereshkigal dit au gala-tura et au kur-jara: «Raccompagnez votre reine à la surface».

Inanna allait passer le seuil de la septième porte et entamer son voyage de retour. Tout à coup, elle ressentit l’étreinte froide de démons sur ses chairs tout juste ravivées. Ils l’enserraient de toutes parts et l’empêchaient de partir.

Ereshkigal ajouta alors: «Nul ne peut ressortir du royaume des morts sans contrepartie. Si Inanna veut rentrer dans le monde des vivants, elle devra nous fournir un substitut qui demeurera ici à sa place».

Le kur-jara, le gala-tura, Inanna et son escorte de grands et petits démons du monde souterrain commencèrent leur ascension. En passant la septième porte, sa robe lui fût rendue. En passant la sixième porte, les bracelets tintants à ses chevilles et à ses poignets lui furent rendus. En passant la cinquième porte, le corset orné des douzes signes du zodiac et de leurs douze pierres précieuses respectives1 lui fût rendu. En passant la quatrième porte, les pierres ovales ornant sa poitrine lui furent rendues. En passant la troisième porte, le collier de lapis-lazuli lui fût rendu. En passant la deuxième porte, les boucles d’oreilles lui fûrent rendues. Puis, en passant la première porte, son diadème lui fût rendu.

En voyant Ninshubur qui attendait patiemment le retour de sa maîtresse dans sa robe de deuil, le capitaine des démons dit à Inanna: «Rentre dans ta citée, nous allons prendre cette femme et la mener dans le monde souterrain à ta place».

«Ninshubur est mon amie fidèle, mon avocate et ma confidente. Elle n’a pas oublié une seule de mes instructions et les a suivies à la lettre: elle s’est lacérée les yeux et le nez et les fesses pour porter mon deuil. Je ne peux vous laisser l’emmener», répondit la déesse. «Allons voir Cara à Umma».

Inanna une fois arrivée, Cara se jeta à ses pieds. Il portait des habits de deuil sales et déchirés. Il avait attendu dans le désert que sa maîtresse revienne. Le capitaine des démons dit à Inanna: «Rentre dans ta cité, nous prendrons celui-ci à ta place».

«Cara est mon chanteur, mon manucure, et mon coiffeur. Comment pourrais-je vous le laisser? Continuons. Allons rendre visite à Lulal dans la ville de Bad-Tibira» répondit la déesse.

Arrivée à Bad-Tibira, Lulal se jeta aux pieds d’Inanna. Il avait porté son deuil dans le désert avec de vieux vêtements lui aussi. Le capitaine des démons lui dit à nouveau «Rentre dans ta cité, nous prendrons celui-ci à ta place». La déesse répondit: «Il m’est toujours resté fidèle. Je ne peux consentir à vous le laisser. Allons jusqu’au pommier dans la ville de Kulaba».

Arrivée à Kulaba, elle entra dans le palais et vit son mari Dummuzi vêtu de soies précieuses riant un verre à la main. Le capitaine des démons s’empara de lui et le traîna hors de son trône. Dummuzi jeta un regard paniqué à sa reine, la déesse Inanna. Elle le toisait d’un regard froid. Elle répondit en s’adressant au capitaine des démons: «Menez-le hors de ma vue! Plus vite!».

Dummuzi se mît à gémir et supplia Utu, le frère de Inanna. «Je t’en supplie, je suis ton beau-frère. J’ai apporté du beurre et du lait dans la maison de ta mère. Transforme-moi en serpent pour que je puisse échapper à ces démons sans pitié». Utu attendri par ses larmes, lui accorda sa transformation. Ainsi, il échappa aux démons. Il demeura introuvable.

Inanna pleura beaucoup son mari. Elle semblait porter le deuil sincèrement. Elle s’arracha les cheveux par poignée et se lamanta: «Oh femmes dans les bras de vos maris, où est le mien? Où est-il? Où est Dummuzi?».

Entendant ses lamentations, un jour, une mouche sussura à l’oreille de Inanna: «Si je te dis où est ton mari, quelle sera ma récompense?». «Si tu me permets de retrouver Dummuzi, ton destin sera de vivre dans la taverne de Siduri et des sucres de la fermentation aux restes des repas tu pourras te nourrir librement», dit la déesse. La mouche se frotta les pattes à la seule idée d’une telle destinée. Elle mena la déesse et son escorte de démons jusqu’à la maison de la soeur de Dummuzi où le serpent se cachait dans les hautes herbes.

Lorsque les démons se saisirent de son frère, la soeur de Dummuzi pleura et se lamenta. Aucun des démons ne pouvait être ému par ces démonstrations d’amour sororal. Mais Ereshkigal, le fût. Ainsi, ils arrivèrent ensemble à un arrangement: Dummuzi ne reste que la moitié de l’année dans le monde des morts avant d’être remplacé par sa soeur pour l’autre moitié.

  1. Peter Grey dans son «The Red Goddess» parle de son corset orné de signes du zodiac. Ces références se trouvent certainement dans des hymnes que je n’ai pas encore lu. En tout cas, le texte de la traduction disponible dans le Electronic Corpus of Sumerian Literature parle de «birthstones», littéralement de pierres de naissance qui symbolise le mois de naissance d’une personne. Il y en a douze comme les signes du zodiac. L’historien juif Josephus établit un parallèle entre les signes du zodiac, les pierres de naissance et les pierres du pectoral d’Aaron, Grand prêtre d’Israël (voir Exode 28:30). Cette liste de douze pierres apparaît aussi dans les Révélations comme les pierres du mur protégeant la Jérusalem céléste.  2 3 4

  2. Il est difficile de résumer le rôle de Ninshubur en un seul mot. Elle est le hérault, la suivante, et la championne d’Inanna tout à la fois. 

  3. C’est ici que le drame se noue. Pourtant, certaines sources sont parfois assez vagues sur ce qui se passe. Dans la traduction de la Descente d’Inanna disponible dans l’Electronic Corpus of Sumerian Literature, elle s’assied sur le trône à la place de sa soeur. Dans d’autres versions plus tardives où elle porte le nom d’Ishtar, sa simple présence semble mettre sa soeur en colère. C’est ensuite qu’Inanna se jette sur elle.