L'emploi en péril?

En zappant, mardi 10 octobre au soir: Je suis tombé sur un documentaire à propos de la sédentarité et son rôle supposé dans la création du mythe de la chute. En devenant sédentaires, les humains ont gagné des maisons avec des fours à pain, des bancs, et un balai pour les garder propres. Ils ont surtout gagné une usure des corps toute nouvelle d’après les archéologues interrogés. La vie de laboureur est une vie de labeur. Travailler vraiment dur, c’est perdre la santé.

En zappant, mercredi 11 octobre au soir: Je suis tombé, toujours sur France 5, sur un documentaire à propos de l’automatisation croissante et la possible disparition prochaine du travail. Et beaucoup des intervenants avaient un air grave et triste. Ils pleuraient le plein emploi 😭. Ce ton m’a énervé!

Les machines (capital technique) et les brevets (propriété intellectuelle) prennent de l’importance face aux salariés. C’est une réalité vers laquelle on tend. C’est incroyablement clair dans les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) qui font des milliards de chiffre d’affaire en employant seulement 500’000 personnes.

Pourtant, il ne faut pas croire tout ce qu’on nous dit. D’abord, ces entreprises emploient de sous-traitant qui, eux, emploient de petites armées de Digital labour-ers et pallient aux manquements des outils automatisés. De plus, on ne sait pas si ces modes de fonctionnement se propageront au reste de l’économie aussi rapidement. En attendant, l’automatisation reste chère, complexe et longue à mettre en œuvre dans de nombreux secteurs d’activité. Elle est, par ailleurs et en attendant, un épouvantail très utile pour maintenir les travailleurs dans la peur et étouffer leurs revendications.

Ces documentaires sur l’intelligence artificielle, l’automatisation et le travail souffrent tous du même mal: ils laissent bien trop la parole aux chargés de communication sans que personne ne vienne les contredire. Si on voit effectivement des robots reconditionner des marchandises et des voitures se conduire toutes seules dans “Un Monde sans Travail?”, remarquez qu’on ne voit pas l’assistante personnelle en intelligence artificielle d’IPSoft en fonction bien longtemps. La démo est très courte. Le laïus de leur chargé de communication quant aux développements futurs et aux clients potentiels est très long. “Êtes-vous sûr qu’elle peut faire toutes les conneries que vous dites?”, hurlais-je devant ma télé à en faire pleurer mes voisins.

La technologie ne peut pas tout faire. Malgré des investissements colossaux depuis des décennies, on ne peut pas prévoir la météo à plus de 7 jours de manière fiable.

Admettons que l’automatisation tienne ces promesses… Les camions et les voitures autonomes et la robotisation des entrepôts. Le remplacement d’une partie des cols blancs: recherchistes et clercs d’avocats, contrôleurs de gestion, etc. Préférons-nous des bullshit jobs qui nous frient le cerveau et que nous garderions seulement parce que l’automatisation serait marginalement plus chère à cause de réglementations?

L’automatisation peut être une chance. Elle n’est pas le problème. On doit se mettre d’accord sur un nouveau paradigme de société. L’emploi d’où nous tirons notre subsistance et une grande part de notre identité et de notre image de nous-même nous glisse entre les doigts. Cela nous met dans une sorte de panique, une nostalgie… et on envisage pas assez les solutions.

Et pendant qu’on se lamente, des entreprises se disant innovantes foutent le bordel dans le monde entier sous prétexte de progrès. L’arrogance et la cupidité des “nouveaux” géants économiques sont le problème. On doit attaquer l’idée que Uber et AirBnB sont des entreprises innovantes. Cette idée est fausse et pourtant répétée par des gens de tous bords politiques. Leur modèle d’affaire est similaire à celui de Walmart et d’autres géants qui cassent les prix: ils externalisent les coûts de manière radicale et font une “optimisation fiscale” agressive. C’est Germinal avec un storytelling arrogant et un logo “cool”.

AirBnB fout des gens à la rue indirectement par ses actes. Les loyers des villes touristiques flambent parce que les gens louent des appartements uniquement pour les sous-louer sur la plateforme. Et ils ont le culot de pleurer… AirBnB a fait une campagne d’affichage pour pleurer auprès des autorités municipales sur les impôts qu’ils avaient dû payé. Faut vraiment être très arrogant.

On pourrait facilement garantir que la transition vers plus d’automatisation se passe bien en instaurant rapidement un revenu de base inconditionnel. Cela aurait pour effet de ré-équilibrer le rapport de force entre personnes et entreprises sur le marché du travail. On pourrait choisir son travail ou son emploi en conscience. Plus de personnes pourraient y puiser une vraie satisfaction.

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