Brunes à frange et désespoir dans Blade Runner 2049

Le week-end dernier, je suis allé voir Blade Runner 2049. Il y a dans ce film des brunes à frange et du désespoir: deux choses qui m’attirent. En plus de toutes les questions philosophiques et transhumanistes…

Avant d’en dire plus… Soit averti.e, lecteur.trice, ça va spoiler.  Va voir le film avant de continuer plus avant la lecture du billet.

Et revois le premier opus aussi. (J’ai pas encore eu le temps).

2049 a fait couler beaucoup d’encre. Ou des bytes plutôt. Enfin, on en parle, quoi. Certains aiment, d’autres détestent.

Moi? Je suis partagé. Les critiques ont raison de dire que ce film est aride et sec. Cela pourtant ne me semble pas s’apparenter à un défaut mais à une intention délibérée.

Raconter l’effondrement du monde et la solitude

Le film s’appuie moins sur l’intrigue que sur les sensations et les idées qu’il évoque. Il s’agit bien pour moi d’une forme poétique. En 2049, le monde a sombré et ceux qui ne peuvent pas le quitter attendent d’y mourir. Nous n’avons pas le vocabulaire pour imaginer l’effondrement environnemental qui est la trame de fond du film, d’une part. (Amitav Ghosh examine, d’ailleurs, cette incapacité à représenter le cataclysme du réchauffement climatique dans “The Great Derangement” que je n’ai pas encore lu). Et d’autre part, les relations sociales raréfiées et la solitude généralisée enlèvent la possibilité pour les drames interpersonnels de propulser le récit. Le film provoque la révulsion de certains critiques et de certains de mes amis car, entre autres choses, il entérine une forme de défaite (presque) totale. Le monde grouillant du premier a été évacué ou les habitants sont morts. Les survivants parlent tous de partir dans les colonies spatiales.

Blade Runner, le premier film, en finissant sur la fuite de Deckard et Rachael laissait au spectateur l’option d’imaginer un espace interpersonnel optimiste. Cœur avec les doigts et larmichette. Une relation amoureuse salvatrice. Dans 2049, on apprend que l’amour nécessite quelque fois la séparation comme le dit Deckard à Joe. Et tout fini très mal.

Solitude

Dans un monde à ce point naufragé, nous ne sommes plus que des compagnons d’infortune. Qu’aurions-nous donc à nous dire? Les personnages ne sont pas en relation les uns avec les autres – en tout cas pas à l’écran. K est isolé: il est la cible des quolibets au commissariat et dans sa cage d’escalier. Il n’a de conversations qu’avec sa supérieure et sa compagne Joi. Cette étrangeté fait qu’il est difficile de s’identifier et de se sentir connecté aux personnages.

Certains de mes amis trouvent cette solitude complètement irréaliste. Pourtant, il est possible de passer des jours sans parler à personne. En vacances, seul, dans un pays dont la langue nous est inconnue. Ou même chez soi: en utilisant les caisses automatiques au supermarché, en vivant seul, en travaillant seul… c’est possible.

Tout ce qui semble relever des échanges et de la communauté est atrophié. Les espaces communs sont mis en opposition très évidente avec les espaces privés. Les espaces communs ne sont pas maintenus et ils ne sont pas vraiment théâtre de vie. La cage d’escalier est grouillante mais il semble que les gens s’y abritent et ne s’y parlent pas entre eux sauf pour s’insulter. K traverse la cage d’escalier et se rend dans son appartement. Un espace privé qui, lui, est aseptisé comme les autres espaces privés du film. La femme qui fabrique les souvenirs des réplicants, par exemple, vit littéralement dans une bulle.

J’aurais aimé faire des comparaisons avec le premier opus, parler de Wallace et ses mystérieuses motivations. Peut-être que je le ferai dans un autre billet, plus tard… Pas de promesse.

C’est brunes à frange et désespoir sur des terres infertiles; hologrammes d’Elvis et softcore en attendant la mort. C’est Blade Runner 2049.