Marcher pour la Science

Samedi 22 avril, j’étais à la Marche pour la Science.  Des marches similaires avaient lieu partout dans le monde le même jour. L’impulsion a été donnée par le comité de la marche à Washington.

J’aime la science depuis longtemps et j’ai, comme les organisateurs, des inquiétudes quant à l’avenir. Les mensonges éhontés se multiplient et de plus en plus de personnes semblent prêtes à leur conférer une légitimité en tant que “points de vue alternatifs” ou “faits alternatifs”. Il est important de rappeler que la méthode scientifique est notre meilleure chance de comprendre les mécanismes qui régissent le monde et d’acquérir des outils fiables pour gérer les diverses crises qui menacent notre espèce.

Les organisateurs nous avaient donné rendez-vous à la rotonde du Jardin Anglais (même point de départ que pour la Marche des Femmes quelques semaines plus tôt). La journée était belle et le programme prometteur…

En arrivant à la rotonde du Jardin Anglais, j’ai envoyé un tweet, un pouet et un statut Facebook pour voir si j’avais des amis et/ou des collègues dans la foule. Quelques minutes plus tard, j’ai été rejoint par Tania et Sean (qui a pris le selfie).

Les orateurs étaient passionnés et bons communicants. Les gens avaient apporté des pancartes drôles et intrigantes.

On a pu témoigner de notre solidarité avec les chercheurs et montrer notre attachement aux politiques publiques basées sur les résultats de la recherche. Nous étions 600 personnes d’après un article du Matin.

Et la semaine prochaine, samedi 29 Avril, on retourne à Genève marcher pour le climat cette fois-ci.

Mastodon, décentralisation et pluralité pour le vivre ensemble

Mastodon est un nouveau réseau social décentralisé. Les différentes installations de Mastodon (aussi appelée “instances”) sont sur différents serveurs et sont gérées par des personnes ou des organisations différentes. Les utilisateurs créent des comptes sur des instances publiques. Ils peuvent suivre des utilisateurs (comme sur Twitter) qu’ils soient sur la même instance ou sur d’autres.  Je n’entrerai pas dans des détails techniques ici.

Le but de ce billet est de montrer l’intérêt social d’une telle décentralisation. Pour le côté pratique, j’ai mis des liens utiles pour vous y mettre à la fin du billet…

Un réseau social décentralisé permet, entre autre, des innovations de gestion. L’outil technologique est une chose; les règles du vivre ensemble et les conventions sociales qui s’y appliquent en sont une autre. C’est ce dont nous parlerons ici. Un grand nombre d’instances gérées par un grand nombre d’entités différentes, aux formes juridiques différentes et hébergées dans des pays différents. Cela va permettre, par exemple, une diversité bienvenue dans les politiques de modération, la gestion des conflits et du harcèlement. Cette diversité peut donner lieu à ce que d’aucun appellerait le chaos. Habiter ces espaces multiples risque d’être un peu plus difficile. Il faudra se renseigner sur les instances dans lesquelles on s’installe et faire des choix éclairés (et mettre en place des outils d’import/export permettant de changer d’avis facilement).

Les réseaux sociaux centralisés cachent un monde de complexité. Leur centralisation les oblige à chercher des solutions globales et homogènes à des problèmes sociaux qui ne le sont pas. Les règles de modération de Twitter et Facebook ainsi que les problèmes qu’elles posent sont le reflet de la société états-unienne, des idées de leurs employés et de leurs cadres. Forcément.

Les biais dans l’organisation d’un espace de parole sont inévitables. C’est pour cela que ces espaces de parole doivent rester multiples. On doit pouvoir choisir librement en fonction de ses propres valeurs dans quels espaces on veut discuter. Or les réseaux sociaux centralisés monopolisent l’attention et concentrent le pouvoir.  Ils cherchent à se donner l’apparence de l’objectivité et de l’équité en cachant le travail humain mal rémunéré de modérateurs derrière un voile algorithmique (digital labor) et en promouvant le mythe de l’objectivité des algorithmes. Mais ce paravent est trop petit pour cacher les enjeux, les luttes intestines au sein des entreprises qui gèrent les réseaux et l’impossibilité de l’équité totale dans la modération.

La polémique sur les ventes privées d’arme à feu sur Facebook en mai dernier nous donne des exemples de toutes ces difficultés. D’abord, les nouvelles règles ne pouvaient pas être appliquées de la même façon à tous les cas reportés. Les utilisateurs reportant les ventes d’armes se sont retrouvés eux-mêmes empêchés d’utiliser le réseau social lorsque leurs signalements étaient jugés non-pertinents. Chuck Rossi alors “director of engineering” chez Facebook, s’est publiquement exprimé contre la nouvelle politique restrictive de son employeur et a fédéré des administrateurs de groupes supprimés afin de les aider à reprendre leurs activités.

Le contrôle des armes est une question de société centrale aux États-Unis. Ce n’est de loin pas la seule. Un autre exemple probant est la représentation de l’allaitement. Des représentations d’allaitement ont souvent été supprimées et leurs auteures bannies de Facebook comme en témoignent de nombreux articles: le cas d’une mère nourrissant l’enfant d’une femme hospitalisée et le cas d’une administratrice de groupe sur l’allaitement. Cette question dépasse largement le cadre états-unien et touche bien sûr tout l’Occident. La réponse qu’y apporte Facebook en disant que les tétons ne doivent pas apparaître pour rendre une photographie acceptable est absurde. surtout si elle doit s’appliquer au monde entier. Un système décentralisé permet d’en expérimenter d’autres en fonction des cultures et des sensibilités de chacun Qu’une réponse moins mauvaise s’impose sur les autres avec le temps ou pas, la pluralité des réponses permettra aux utilisateurs de faire des choix. La pluralité est une fin en soi dans ce contexte.

Pour Twitter, une grande partie des réticences à agir contre les problèmes de harcèlement vient de perspectives radicales concernant la liberté d’expression et des dysfonctionnements de l’entreprise comme le montrait BuzzFeed. Cet article a été considéré “à charge” mais il montre bien les idées et les conflits menant à l’immobilisme relatif de la firme.

Les fondateurs de Twitter (qui ont eu un rôle dans la création de Blogger et d’autres services à l’impact culturel immense) semblent vouloir voir la liberté d’expression dans un sens très large et très permissif. Si la liberté d’expression est un principe nous protégeant de nos gouvernements. Elle n’inclut pas le droit à une plate-forme pour diffuser des propos. Elle est encore moins un bouclier protégeant les personnes qui s’expriment des conséquences de leurs prises de parole. Bien sûr, les idées radicales ayant cours dans l’entreprise Twitter se heurtent aux cadres légaux dans de nombreux pays et posent des problèmes pratiques. Longtemps, il semble que l’organisation ai cherché à remplacer un radicalisme par un autre. Voyant qu’il n’existait pas de solution parfaite que l’on peut parfaitement appliquer à tous, l’entreprise a de la peine à lancer des initiatives. Depuis la publication de l’article par BuzzFeed, des améliorations comme le filtre de qualité et la possibilité de cacher les comptes sans photo de profil ont été introduites. Pourtant, le harcèlement organisé et semi-automatisé visant à faire taire et écarter certaines parties de la population de l’espace public est fortement ancré sur Twitter. Je doute que l’organisation puisse régler le problème rapidement.

Là encore, la décentralisation est une solution possible. Elle est, en tout cas, une chance d’expérimenter des solutions différentes à plus petite échelle et loin de l’idéologie de la Silicon Valley. Chaque instance peut développer ses propres règles et sa propre culture du vivre ensemble. Le fait que les utilisateurs de Mastodon (et d’autres réseaux décentralisés) ont le libre choix de leur instance va pousser les administrateurs d’instance à réfléchir sur ces questions et expliciter leurs positions. Nous aurons plus d’échanges de vue et d’opinions et nous avancerons ainsi.

Cela mettra aussi la pression sur les grands réseaux sociaux centralisés. Il n’y a pas besoin d’un exode massif des utilisateurs de Facebook et de Twitter vers des solutions décentralisées. Les changements positifs peuvent se déclencher à partir d’un nombre important mais atteignable d’utilisateurs. Mozilla Firefox a contribuer à faire repartir la concurrence et à ré-orienter les efforts des développeurs de navigateurs vers un meilleur support des standards en faisant un accroc (grandissant mais tout d’abord modeste) dans les parts de marché d’Internet Explorer. Pendant longtemps, Internet Explorer et Netscape Navigator se sont fait concurrence en introduisant des balises HTMLs nouvelles et non conformes aux standards du W3C. Netscape a disparu. Après avoir gagné une position dominante avec Internet Explorer, Microsoft a stoppé net son développement.  Et le web s’est trouvé coincé pendant quelques années. Grâce à l’activisme de beaucoup de web designers soucieux de repartir sur de bonnes bases et à l’arrivée de Firefox, respectueux des standards, Microsoft a repris le développement de son navigateur. Les modalités de la concurrence entre les navigateurs sont maintenant le respect des standards pour un web interopérable, les nouvelles fonctionnalités (onglets, navigation privée…), l’accélération de l’affichage des pages et de l’exécution du JavaScript.

Comme promis, des liens pour vous y mettre. Kozlika a déjà sorti un guide de démarrage en Français. Funambuline serait en train de rédiger un mode d’emploi complet en Français (màj 19/04: elle l’a publié!). Encouragez-la à le finir car il deviendra sans nul doute un bel ajout à sa collection de guides de référence. Quant à moi, j’ai créé mon compte sur une instance lettone à majorité francophone quelques minutes avant que ce soit “cool”. Pouet!

Mise à jour 13:34: L’ami Yann Heurtaux apporte une nuance intéressante sur la différence entre réseau fédéré et réseau pleinement décentralisé.

Mise à jour 19/04 6:44: L’amie Funambuline a publié son Mastodon 101 – mode d’emploi.

Fausses prémisses du transhumanisme

Dr Laurent Alexandre (@dr_l_alexandre) parlait d’idées transhumanistes en entretien dans Le Matin. On pourrait regarder ces idées comme une curiosité sensationnaliste sans grande importance. Malheureusement, elles sont très ancrées dans la culture de la Silicon Valley.  Certains des fondateurs et des cadres des plus grandes entreprises de technologie qui sont installées là-bas les mettent ouvertement en pratique. Par exemple, Peter Thiel, un des milliardaires les plus détestables du monde, compte bien rallonger sa vie. Même si pour cela, il doit acheter et se faire transfuser le sang de personnes plus jeunes et bien bien moins fortunées que lui.

Si le Dr Laurent dit être “ni pour ni contre” le transhumanisme et chercher à provoquer un débat de société, il se place complètement dans le cadre idéologique des promoteurs de l’annihilation de l’être humain. C’est une posture étrange.

“Les robots feront toujours mieux le travail qu’une personne qui a 100 de QI” nous dit le Dr Alexandre dans son entretien avec Le Matin. La valeur de l’être humain ne réside pas dans sa capacité à produire des biens et des services. Ne pas le reconnaître rend totalement ridicule l’affirmation selon laquelle le transhumanisme serait “une idée de gauche” comme il le prétend plus loin.

C’est une implacable logique de marché et de concurrence qui sous-tend toutes les réflexions dans le courant de pensée transhumaniste. Pour le Dr Alexandre, la disparition de l’être humain non augmenté ne “serait pas une perte”. On ne peut que donner raison au philosophe Bernard Stiegler lorsqu’il dit “Le transhumanisme est un néodarwinisme dangereux”.

Pour que le transhumanisme aie le moindre sens, il faut absolument mettre des œillères anarcho-capitalistes et réductionnistes. Il faut:

  • considérer que les forces du marché doivent –par nécessité ou par choix– tout régir sans entrave; et/ou que
  • les technologies sont mues par leurs dynamiques propres sans s’imprégner des valeurs de leurs concepteurs; et aussi
  • réduire l’humain à la seule mesure du QI et à sa force de production marchande pour pouvoir considérer sa disparition comme une perte acceptable.

Bien sûr, ces trois assertions sont fausses et dangereuses.

L’automatisation et l’utilisation croissante d’intelligences artificielles vont considérablement réduire le nombre d’emplois rémunérés dans notre ordre économique et social actuel. Pourtant, avant de faire des changements irréversibles dans notre biologie et faire une croix sur l’être humain, nous devons très sérieusement envisager de faire évoluer l’ordre social, économique et technologique dans une nouvelle direction.

Should Academics Try Twitter?

Yes. Absolutely. According to this tongue-in-cheek chart. No, but seriously. You absolutely should  — at least — try it.

(Thanks, @amisamileandme for forwarding this chart to me)

At the beginning of August 2016, a Guardian article written by an anonymous PhD student attacked the use of social media for academic work. It was published under the patronising title “I’m a serious academic, not a professional Instagrammer”. It sparked a healthy and very interesting debate on Twitter under the hashtag #SeriousAcademic.

Many academics in various stages of their careers wrote tweets and articles contradicting this article. They mentioned many uses of social media for their work (as well as their social life and entertainment).

One of the most interesting and complete responses I’ve seen came from Jacquelyn Gill, an ice age ecologist at the University of Maine (Thanks, @kevinmarks for bringing it to my attention). Her two-tweet response and the discussions that ensued are worth a read.

Academics with blogs also reacted strongly.

Leigh Sparks (@sparks_stirling) from the Institute for Retail Studies, University of Stirling, offers My Serious Academic Use of Blogs and Twitter. This retail specialist summarizes lessons learned on the usefulness of social media to his career.

Dean Burnett (@garwboy), doctor of neuroscience, comedy writer and stand-up, parodies the original article. Doing so, he offers many links on the problems usage of social media in academia may address with I’m a non-serious academic. I make no apologies for this also on the Guardian platform. Social media provided him with alternative prospects since his field is oversubscribed.

Kevin Gannon (@TheTattooedProf), a history professor at Grand View University in Des Moines, Iowa offers a rebuke to the original article and deconstructs the notion of “serious academic” in I’ve Got a Serious Problem with “Serious Academics”.

Main benefits of a presence on social media for academics put forth by these articles and tweets are:

  • Sharing enthusiasm and supporting each other
  • Adding researchers to your network and create stronger ties which might lead to cooperation opportunities
  • Exchange sources and references which may be useful for research and/or funny.
  • Increase the circulation and readership of your work (books, peer-reviewed articles, blog posts, quotes in the press, etc.)
  • Increase the odds journalists will contact you for stories.
  • Have control of your online image and not depend on your institution’s staff web pages.
  • Using it as a back-channel for conferences and other events to get noticed by participants and organisers.
  • Promoting your field and providing expertise to the general public simply by inhabiting those online spaces and having your exchanges archived. For the Liberal Arts and Humanities, such a presence makes it easier to present our disciplines in a positive light outside of the frame of crisis / being set aside that has been pervasive in the media these last few years.

Social media is only a drag if you try to control too tightly. You have to find and/or define boundaries, yes. However, most academics who report seeing benefits use social media as humans first and foremost because that is how you can connect with people. That’s the charm of social media. Again, don’t take my word for it:

If you do social media like this, you’ll reap benefits and it won’t feel like yet another professional task. Putting on a mask is orders of magnitude more complicated than learn to inhabit those spaces as yourself.

There’s a range of openness, of course. It is a matter of personal style, how visible and likely you feel to attract unwanted attention from racists and misogynists.

One thing is for certain, trying to remain 100% on-brand on social media will exhaust you and make you come across as fake. You should be yourself, inhabit the online public space as best you can and try to be a good online citizen. As long as you let your passion and your expertise shine, you’re on the right track.

Done well, your online presence can be about work, show a bit of yourself and feel genuine while you maintain boundaries that seem clear and healthy to you. Clara Nellist’s Twitter feed is a great example. I follow her because particle physics is cool (and she seems nice). Although we don’t interact directly, her tweets are full of value and the occasional glimpse into her life as a postdoc makes her relatable. Tweets about her travels or some of her outside activities make it easy and fun to connect. For example, learning that she finished the 20 kilomètres de Paris and seeing her proud selfie put a smile on my face.

The more human you are the easier it will be to make genuine connections with other humans. That’s why it’s called social networking. You can find out all about this approach in Stephanie Booth’s one-hour talk entitled “Be Your Best Offline Self Online“. (She helps people get started and manage their online presence in one-to-one and one-to-many workshops. She’s nice and very knowledgeable. I met her through her blog.)

If you feel motivated to start on social media, I would advise you to start with Twitter: Messages are short, it is public by default, there is very little to misunderstand.

The London School of Economics and Political Science published “Five minutes with Patrick Dunleavy and Chris Gilson: “Blogging is quite simply, one of the most important things that an academic should be doing right now” on their IMPACT blog all the way back in 2012.

They also have a Twitter Guide that may be a bit dated as it is from 2011. More importantly though, they have a list of Twitter users active in the Humanities and Arts for you to follow.

What is social media anyway?

Technology might change and forms of communication might shift but, at its heart, social media is based on basic human impulses of sharing. Social media platforms are a space — most often extremely public — set up to share. Sharing interests. Sharing insights. Sharing questions to get answers or more interesting questions. Sharing to make friends and meet collaborators. Sharing to be a good citizen. Sharing to raise one’s profile in a group. Technical ability will always be secondary to social abilities and the beautiful impulse to share.

The internet was always social: even before it had pages to access via web browsers (like Firefox or Internet Explorer). Groups had synchronous communications via chat rooms on IRC servers and asynchronous communications via newsgroups on Usenet.

Web pages to access via browsers and interconnected with hyperlinks date back to Christmas 1990 (only!) when Sir Tim Berners-Lee, a British computer scientist working for CERN near Geneva in Switzerland, invented the web. His invention spread over the whole internet during the first half of the 1990s.

Not long after, the first blogs started appearing. “Blog” is the contraction of the words “web” and “log”. These publications are defined by their format: a series of entries in ante-chronological order. They were varied in their styles, tone and lengths. Early bloggers chronicled their discoveries on the still relatively young world wide web, they shared insights about their interests, some were diarists or journalists… People started pouring their passions in this format.

In the early days, blogging required knowledge of code and web servers. In 1999, easier to use services such as LiveJournal and Blogger.com launched. Using these services, running a blog got easier. In the following years, there was an explosion in the number of blogs. By 2004, blogs became mainstream.

Most bloggers are read by few people. Social media is, among other things, characterized by smaller readership / viewership. Mass circulation and audience metrics aren’t the point. As you may know, mass media and their pretences of objectivity are recent (and crumbling) historical phenomena. Early in the eighteenth century, opinionated publications like The Spectator (1711) and Tatler (1709) circulated in small numbers and flourished. People read and debated them in coffee shops. They wrote and published in agreement or disagreement. Vigorous debate and fecund struggles shook the public square. In many respects, early social media was a return to these days. Bloggers knew each other and published articles in reaction to other articles frequently.

In 1999, Rick Levine, Christopher Locke, Doc Searls, and David Weinberger wrote the Cluetrain Manifesto. The Manifesto is a series of 95 theses insisting that the web enables global conversations between people in which the polished/cold language of organisations feel foreign. It says organisations will have to adjust and join these conversations with a genuine human voice or risk becoming irrelevant.

What the Cluetrain Manifesto observed and prophesied did happen. Online conversations influence people in big decisions such as choosing a university and a degree; or for whom to vote in elections; as well as in purchasing decisions such as choosing a refrigerator. We are more suspicious than ever when we face messages in traditional one-way channels. We base purchasing decisions more on our peers’ recommendations and on online searches.

Although blogging remains a great way to disseminate longer forms of writing, the quicker and more spontaneous sharing started happening more and more on the various social media sites which have emerged. Let us resume our little historical overview.

Social networks as we know them today with interconnected user profiles started in the late 1990s. We could go through the evolution of Friendster, the rise of MySpace, etc. It would stoke my nostalgia but it would not give you much value. If the subject interests you, there are many resources out there. Any history that I might offer would also centre around the US and/or Europe. In other regions of the world, other social networks held dominion. Suffice it to say there were many options and rapid evolution.

The most popular ones today — around here — are Twitter, Facebook, Instagram, and LinkedIn.  That’s where the party happens and everyone meets.

  • Facebook is 1.71 billion monthly active users (June 30, 2016) and 14,495 employees (June 2016)
  • Twitter is 313 million active users (June 2016) and 3,860 (June 2016)
  • LinkedIn is 106 million active users (March 2016) and 9,732 employees (March 2016). Figures come from Wikipedia.

Is WordPress indie web? Should I publish on Medium?

We spend more and more of our time in walled gardens owned by private companies: still love Twitter, ever ambivalent about Facebook, on LinkedIn out of obligation to HR departments everywhere, reading on Medium. Yet, I still think we should maintain independent spaces. So I blog here (albeit not regularly enough).

But. Is this important? Does it really make a difference? I use the default theme of WordPress. WordPress, even though it is open source, is heavily influenced by its parent company Automattic. It is becoming a default because it powers about a quarter of all websites and plans to conquer more. It is convenient but it is eating the web too and its open source nature isn’t enough to give me warm fuzzy feelings about it any more.

Waterhouse, John William; A Mermaid; Royal Academy of Arts; http://www.artuk.org/artworks/a-mermaid-149322
John William Waterhouse, A Mermaid (1900).

I hear the sirens of Medium.com calling. Their song is loud and melodious. 300 people follow me over there without me having published a word on the platform. When I compare these numbers with the analytics of this site, the potential seems very clear.

Am I shooting myself in the foot? If I were to make the jump, what would I publish here and what on Medium?

Because one does write to be read. Sometimes, you know, readers are nice.

I could scrap WordPress, transfer all the worthy content to a flat-files CMS like all the webdev hipsters do. Would that be roots enough to satisfy that part of me? Would it make a difference in the grand scheme of things? It might make my site faster for sure but it would do zlitch to get me more readers.

It all comes down to two questions: Is self-hosting WordPress indie web? If not, what would be? Are these concerns genuine or am I just hiding?

“Béton armé” de Philippe Rahmy

En revenant de Los Angeles l’an dernier, je ne trouvais pas de fil conducteur à mes expériences en essayant de les raconter. Je n’avais que des bribes difficiles à faire tenir dans un ordre chronologique. Ainsi, j’ai demandé à mes amis grands lecteurs des références de récits de voyage qui parvenaient à se passer de chronologie. @Invidiosa m’a de suite répondu en me conseillant “Béton armé” de Philippe Rahmy. Je l’ai commandé en un clic. Lorsque le livre est arrivé, il est resté longtemps sur la pile à lire (c’est une fatalité). Mais j’ai fini par le lire presque un an après: je savais qu’il me fallait le lire (sans doute était-ce aussi une fatalité).

003458193

J’ai bien fait car le narrateur de “Béton armé” se demande aussi comment décrire le voyage au début de l’oeuvre. Et sa réponse est très très bonne. Le récit raconte un voyage et une plongée dans un autre monde. Le narrateur tout comme l’auteur est atteint de la maladie des os de verre. Un mieux dans son état de santé coïncidant avec une invitation de l’Association des écrivains de Shanghai, il décide de partir. On suit le narrateur alors qu’il entre dans Shanghai, comme il le perçoit… La langue travaillée et poétique de Philippe Rahmy s’emploie, pleine d’élan, à décrire ses découvertes.

Le récit narre un voyage en solo souvent difficile. Le voyageur prend les transports en commun. Il aime revenir aux mêmes endroits et y passer du temps. Les obligations protocolaires draînent son énergie. Il est absorbé par les scènes de rue. Et comme tout voyage, c’est aussi l’occasion d’une touchante et fructueuse introspection: une exploration de souvenirs personnels.

Je n’ai pas fini d’y penser et mes idées autour de ce livre n’ont pas fini de prendre forme. “Béton armé” fait partie de ces oeuvres qui restent à l’esprit longtemps. C’est un beau voyage.

“Drawing Blood” by Molly Crabapple

Molly Crabapple is an artist, journalist and author. Her work is in the collection of the Museum of Modern Art. She’s drawn and reported from Guantanamo Bay, Abu Dhabi’s migrant labor camps, and in Syria, Lebanon, Gaza, the West Bank, and Iraqi Kurdistan. She is a contributing editor for VICE. Her byline appeared in The New York Times, Paris Review, and Vanity Fair among other publications. Most recently, her latest painting series “Annotated Muses” is on view at Postmasters Gallery in NYC until Oct. 15 and a video narrated by Jay-Z she illustrated entitled “The War on Drugs Is an Epic Fail” came out last week. She also published a memoir entitled “Drawing Blood” last year chronicling her life up to this point.

I don’t remember exactly how I became aware of Molly Crabapple’s work. It must’ve been through “Week In Hell” since I featured the project in this tiny blog posts in French. It was then housed on fabulousse.ch a long forgotten cultural blog I wrote alongside my cousin.

Not being able to thank whoever made me discover this artist saddens me. Attribution is so hard on the web and attributing the discovery of something is even harder. Tools like Instapaper could work to make that easier… but I digress. I digress because footnotes aren’t supported by WordPress Core but that’s another digression.

“Week in Hell” is an art/endurance experiment wherein every surface of a hotel room was covered with paper and then drawings. It lasted a week and many of her friends visited her as she drew. The project worked great and gave rise to a book and a mini-documentary.

To this day, I regret not having anything to pledge at the time and/or learning of the campaign too late — can’t remember the details. Of course, in the meantime, I got a job, bought most her books and a couple art prints too which make me very happy when I see them. They also lend charm and sophistication to my living room.

When her memoir was announced, I immediately pre-ordered it. It was in March 2015. It came out and I received it around December 2015. Much to my shame, I just read it the week before last. In the last few years, since I finished college, in fact, reading on paper got very slow. To make matters worse, my unread pile grew fast, got shuffled and reshuffled.

db_sidebar

Now, I am well aware that none of the above ramblings could ever help you decide if you want to read the book or not. It shouldn’t even be a question: you do want to read that book. Writing a helpful review about it is difficult since I wouldn’t highlight anything in the beautiful illustrated hardcover. Such a prized object.

Seriously, though. Molly Crabapple’s memoir “Drawing Blood” offers insights into her path to becoming… her: a great artist and a distinctive voice. It is a tale of becoming. Many aspects of it were inspiring to me as I am living through my early 30s. Her focus and self-discipline in perfecting her craft push me to try harder with my writing. Her drive to get noticed and the business sense she developed to function in New-York City are inspiring to me as a young professional striving to show his work and get more in Geneva, another expensive and competitive city. Her search for meaning, purpose and political engagement makes me wonder how I can be more engaged with the world and find purpose for myself.

Not only does it contain inspiring facts. Her writing style is as distinctive as her art. I love her prose. Part of me can’t help being a little envious of it too to be quite honest. Her writing flows while also being, at once, precise and concise. She adds the exact amount of feeling and linguistic flourishes to convey her meaning and push the reader forward — never an ounce more. It is mastered, shows restraint and –unlike this blog post– merciless editing.

You do want to get acquainted with her work, follow @mollycrabapple on Twitter, and read her memoir. Trust me, you do.

“The Dead Ladies Project” by Jessa Crispin

“The Dead Ladies Project” opens with the author convincing police officers that she won’t commit suicide and will seek help. She sieves her life down to two suitcases and leaves for Europe in search of her dead ladies: expats from different times and places. In her quest, she stays in Berlin, Trieste, Sarajevo, Galway, Lausanne… among other cities.

 

From her travels, her confrontation with these dead people and her introspection, lessons emerge on how to be in the world and how to relate to it and how to relate to the self as well — “être au monde” as the French expression combining the three says.

The book is very much a tale of solo travel. In each city, she establishes a new temporary dwelling, new routines, overcomes hardships, meets people and describes the atmosphere in beautiful prose.

From Trieste on, street scenes come hurtling through her consciousness, her descriptions become breathless enumerations. In the midst of these momentous series of observations, there are always bitter-sweet gems of biting humour which never fail to connect with the curmudgeon in me.

She addresses darker moments with the same grace. Hardships of solo travel are often difficult to bear: making all the decisions and arrangements, schlepping luggage, feeling OK. She writes, for example, she wishes for a companion in her adventures: an Isabel to her Richard Francis Burton.

Reading “The Dead Ladies Project” provides literary discoveries on each page. Numerous authors, all of which should be more widely known, make appearances. The book might send you on a journey through the world or through a library or both. Her recommended reading section may very well house your next favourite author.

Jessa Crispin’s point-of-view is refreshing. Her prose moves forward with momentum and a quiet resolve, just like she travels through Europe staying in cities weeks at a time.

“The Dead Ladies Project” is a book of the best brand of criticism. Jessa Crispin searches for her dead ladies in their cities, their biographies, their texts and the spaces in-between. In doing so, she effectively questions key elements of our contemporary culture beyond literature. At one point, she questions self-help and the pathologizing of emotions. In her Maud Gonne chapter celebrating magic, spirituality and the power of story, she pokes giant holes into the reigns of materialism and rationalism. Much to this reader’s delight.

This memoir is a very enjoyable read. There are insights in there that spoke to me and my own issues. No doubt it will do the same for you. It gives me hope that one can open their own path. Change. Enter a truce with the self and the world. You should read it too.

Delayed reading and the pace of modern life

I can’t recall exactly how I became aware of Jessa Crispin’s work. Artists usually enter my consciousness through social media, interviews or recommendations from Maria Popova’s Brain Pickings blog. Jessa Crispin’s “The Dead Ladies Project” found its way to my wishlist three days after coming out. I must’ve started following her on Twitter at that point too. Even if I was aware of the book all the way back then, I’m only reading it now.

After finishing Molly Crabapple’s memoir in which her self-discipline and her quest for meaning shook me to actually write every day. The dull sadness of finishing a good book was starting to take hold. I knew I had to start “The Dead Ladies Project” right away. I pondered getting a physical copy but then the momentum would have been lost as I waited for the book to show up. So I am reading it on my tablet.

I wish I had started sooner. It always takes me that kind of time to come to a book, no matter how important it seems that I read it. My unread book pile gets shuffled and reshuffled as if the books want to be read in a certain order. This makes it very hard to connect with the conversation as it happens. The zeitgeist remains ever elusive. But then, I do not know that it makes a difference.

France has what they call the “rentrée littéraire”. Books come out all at once in September. There are more every year. It has therefore become impossible to read any significant portion of them. Not that I have tried. Of course, it’s the same online. Everyday seems to be a “rentrée littéraire”. Good long form magazine pieces come at you all the time through social media. It’s hard to discern what is important from what should be avoided.

We all have our own circles on social media and, therefore, we get different recommendations. It is freeing everyone to pursue their own interest but at the same time it is lonely. It is hard to find common ground with friends. I get a little ping of satisfaction when what I read during a particular week matches links in Ann Friedman’s newsletter (which I recommend) because I know a couple of my friends at least will have come across the pieces too.

There still are cultural moments, even if they concern fewer people at once, but they’re so fleeting as to be impossible to catch. Online life has a devilish pace. Even if you and your friends read something, will you have time to discuss it? A magazine piece, a book, a film is big on Twitter for a few hours and then, it drifts onto a pile: wishlists, read-later lists… to resurface again much later maybe or not at all.