Les éditeurs de presse sont-ils condamnés?

On a beaucoup parlé de l’arrêt de l’édition papier de Newsweek annoncé pour la fin de l’année 2012. Le paysage de l’édition change très vite et les éditeurs cherchent de nouveaux rôles et de nouvelles sources de revenus.

Malheureusement pour eux, les éditeurs institutionnels semblent désavantagés en ligne. Sur la toile, les voix influentes sont plus souvent celles de personnes réelles. Comme l’écrit Andrew Sullivan dans son billet d’opinion sur l’abandon des éditions papiers, ce n’est pas un hasard si le Drudge Report ou le Huffington Post portent le nom de personnes. Ils offrent un point de vue unique et cela plaît.

Qui fait encore attention à l’éditeur en cliquant vers un article? Beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte lorsque l’on décide ou pas de lire. On considère

  • le titre — bien sûr,
  • l’auteur,
  • le site sur lequel le lien est partagé,
  • la personne ou la marque qui nous envoie le lien,
  • l’endroit où l’on se trouve,
  • les tâches qui nous restent à accomplir
  • et j’en passe…

Bien sûr, quelques éditeurs de journaux et de magazine restent en tête à force de les lire: le Guardian, The Atlantic, Mother Jones, The Daily Beast, Forbes, Gizmodo, Rue89, Largeur.com… Seulement, s’ils ne sont pas importants dans ma décision de cliquer ou non sur un lien vers un de leurs articles, quel peut bien être leur rôle?

Pour l’auteur, la réponse est évidente. Les grands noms offrent un accès plus facile aux sources, un environnement collaboratif rassurant dans lequel on est relu et encadré. Le lecteur qui paye en regardant des pubs ou en espèces, en revanche, ne semble pas y trouver son compte.

Plusieurs publications tentent d’apporter une réponse à ce problème. Le modèle développé par Forbes, par exemple, capitalise sur les voix individuelles tout en offrant les bénéfices d’une large organisation. Forbes devient une plate-forme permettant aux journalistes de s’exprimer sur des pages qui portent leurs marques personnelles — des blogs, en fait — comme celle de Lewis DVorkin.

Dans cette nouvelle interprétation de leur rôle, les éditeurs de presse fournissent une plate-forme sur laquelle les journalistes et leurs communautés peuvent s’épanouir. L’éditeur est garant de son écosystème. Forbes offre à ses collaborateurs, par exemple, des formations continues sur des sujets comme les médias sociaux et veille à ce que leurs voix soient clairement identifiées.

Seul l’avenir nous dira quels modèles fonctionnent le mieux, bien sûr. De notre côté de l’Atlantique aussi, les éditeurs sont à la peine et tentent de trouver des solutions. Une chose est sûre, les gens veulent du bon journalisme et les éditeurs doivent se restructurer pour pouvoir survivre et continuer à le financer.

3 réponses sur “Les éditeurs de presse sont-ils condamnés?”

  1. Très intéressante, cette idée de repenser le rôle de l’éditeur comme celui de l’animateur d’un espace social et culturel où fleurit l’information, une pépinière d’individualités qui offre sa plateforme, mais aussi sa patte et son flair.

    Cela dit, je ne suis pas encore tombé sur un modèle économique convaincant pour financer une information indépendante et de qualité. Je ne veux pas d’un avenir où le New York Times sera l’unique quotidien d’information capable de financer des enquêtes. Il faut que nos démocraties trouvent vite de nouvelles idées pour que les journalistes puissent exercer leur métier – et pas seulement les blogueurs – sans quoi un des principes sur lesquelles elles sont fondées sera sérieusement menacé.

  2. Quand je parlais de «blog», c’était dans le sens formel: une liste d’articles présentée dans un ordre antéchronologique par auteur. Ils gardent bien sûr un staff pour effectuer les enquêtes et ils utilisent les services de Narrative Science (http://www.actualitte.com/insolite/narrative-science-ou-le-journalisme-twitter-par-les-robots-32154.htm) pour générer des comptes-rendus boursiers et autres à bas coûts.

    Je suis bien sûr totalement d’accord, la démocratie a besoin d’enquêtes journalistiques indépendantes. Pour pallier à ce problème, certains journalistes d’investigation se tournent vers des modèles d’agence à but non lucratif. Ils s’appuient sur des donateurs pour financer leurs enquêtes puis vendent le fruit de leur travail aux journaux et chaînes de télévision à perte comme Greg Palast, par exemple.

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