Fausses prémisses du transhumanisme

Dr Laurent Alexandre (@dr_l_alexandre) parlait d’idées transhumanistes en entretien dans Le Matin. On pourrait regarder ces idées comme une curiosité sensationnaliste sans grande importance. Malheureusement, elles sont très ancrées dans la culture de la Silicon Valley.  Certains des fondateurs et des cadres des plus grandes entreprises de technologie qui sont installées là-bas les mettent ouvertement en pratique. Par exemple, Peter Thiel, un des milliardaires les plus détestables du monde, compte bien rallonger sa vie. Même si pour cela, il doit acheter et se faire transfuser le sang de personnes plus jeunes et bien bien moins fortunées que lui.

Si le Dr Laurent dit être “ni pour ni contre” le transhumanisme et chercher à provoquer un débat de société, il se place complètement dans le cadre idéologique des promoteurs de l’annihilation de l’être humain. C’est une posture étrange.

“Les robots feront toujours mieux le travail qu’une personne qui a 100 de QI” nous dit le Dr Alexandre dans son entretien avec Le Matin. La valeur de l’être humain ne réside pas dans sa capacité à produire des biens et des services. Ne pas le reconnaître rend totalement ridicule l’affirmation selon laquelle le transhumanisme serait “une idée de gauche” comme il le prétend plus loin.

C’est une implacable logique de marché et de concurrence qui sous-tend toutes les réflexions dans le courant de pensée transhumaniste. Pour le Dr Alexandre, la disparition de l’être humain non augmenté ne “serait pas une perte”. On ne peut que donner raison au philosophe Bernard Stiegler lorsqu’il dit “Le transhumanisme est un néodarwinisme dangereux”.

Pour que le transhumanisme aie le moindre sens, il faut absolument mettre des œillères anarcho-capitalistes et réductionnistes. Il faut:

  • considérer que les forces du marché doivent –par nécessité ou par choix– tout régir sans entrave; et/ou que
  • les technologies sont mues par leurs dynamiques propres sans s’imprégner des valeurs de leurs concepteurs; et aussi
  • réduire l’humain à la seule mesure du QI et à sa force de production marchande pour pouvoir considérer sa disparition comme une perte acceptable.

Bien sûr, ces trois assertions sont fausses et dangereuses.

L’automatisation et l’utilisation croissante d’intelligences artificielles vont considérablement réduire le nombre d’emplois rémunérés dans notre ordre économique et social actuel. Pourtant, avant de faire des changements irréversibles dans notre biologie et faire une croix sur l’être humain, nous devons très sérieusement envisager de faire évoluer l’ordre social, économique et technologique dans une nouvelle direction.