Gruyères : des oeuvres du créateur d’«Alien» au romantisme dans le château

Gruyères, petit bourg médiéval niché dans une vallée du canton de Fribourg, offre une expérience saisissante mêlant l’angoisse, le romantisme et le gras. On passe de l’œuvre de Hans Rudolf Giger, exposée dans son propre musée, à celle de Camille Corot dans le château en passant, généralement, par un des restaurants de la place.

Sur les coups de midi, les cauchemars mystico-pornographiques de H.R. Giger ont un effet cathartique. Connu pour avoir créé les monstres et les décors du film « Alien, le huitième passager », cet artiste suisse est le pionnier du mariage entre le mécanique et le biologique (« biomécanique ») qu’on retrouve aujourd’hui dans de nombreuses œuvres de science fiction. Sa démarche de sublimation de ses angoisses nocturnes est fascinante. Sa maîtrise technique force le respect. Le mariage des thèmes de la mort, de la sexualité, de l’agoraphobie et d’autres formes d’angoisses notamment technologiques donne le vertige.

Birth_machine

Des os, des crânes, des serpents, et des pentagrammes inversés se retrouvent profusément dans son œuvre. Le sexe surtout est un danger et une préoccupation constante. Les attraits de ses créatures féminines sont mortels. Les tétons deviennent des dards métalliques ou des bouches avides, les canines se font plus longues… Dans « Birth Machine », l’utérus devient une arme qui tire des petits hommes.

Après la visite du musée Giger et l’ingestion de spécialités locales : une riche fondue et quelques meringues nappées de double crème, le contenu du château de Gruyères peine presque à capter l’attention. On commence la digestion en contemplant les courbes de la vallée depuis le parvis du château. Puis, la majesté de la forteresse fait bientôt son œuvre. Un spectacle multimédia aussi fascinant qu’instructif retrace la riche histoire du lieu. Les murs du salon Camille Corot, en particulier, avec ses bergers et ses bergères folâtrant innocemment dans une nature verdoyante et idéale offrent un calme bienvenu.

Salon Corot au Château de Gruyères

Les légendes colorées peintes par Daniel Bovy sur les murs de la salle des chevaliers finissent de nous extirper de l’univers sombre de Giger.

Toute la tension accumulée entre passé du lieu et anticipations apocalyptiques, entre la pierre du château et le métal des machines, entre le romantisme bon enfant et la noirceur de l’inconscient se déchaîne dans un orage salutaire sous lequel il faut courir pour rejoindre la gare. Détrempé et heureux, l’air conditionné de l’InterCity nous achève. Mais quelle expérience !