L’Internet et le cyberespace: un espace de liberté invisible et menacé

L’Internet est un outil précieux mais compliqué parce qu’en grande partie invisible et aujourd’hui menacé par des intérêts privés et des législations liberticides.

Il est bon de distinguer, premièrement, la définition technique d’Internet et, deuxièmement, l’espace métaphorique créé entre êtres humains sur le réseau qui englobe des aspects plus philosophiques.

Occupons-nous en priorité et brièvement de l’aspect technique. L’Internet est non seulement invisible mais aussi abstrait. Il s’agit d’un pacte décrivant la façon dont on peut transporter des données d’une machine à une autre. Ce pacte ne décrit ni le support de transport, ni la nature des données transportée. Si c’est numérique, c’est transportable. Internet est donc fondamentalement polyvalent et ouvert. En plus, tout le monde est libre de l’utiliser ce qui lui donne un caractère libertaire et égalitaire (voir aussi Un monde de bouts de Doc Searls et David Weinberger).

Sur le plan humain et philosophique, les réseaux informatiques ont permis l’émergence d’un nouvel espace social. Ainsi, William Gibson, auteur de science-fiction cyberpunk, a inventé le mot « cyberespace » pour le définir. Dans son roman dystopique Neuromancien, il le définit comme une « hallucination consensuelle » et « une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain ». Cette définition met l’accent sur la séparation entre le cyberespace et le monde réel mais d’autres penseurs ont utilisés le mot dans une acception moins négative. Dans les milieux activistes et universitaires, « cyberespace » évoque la nouvelle réalité d’un espace social immatériel né de la conjonction des systèmes informatiques, des moyens de télécommunication modernes et de leur utilisation par des êtres humains. L’existence du terme permet d’ouvrir une nouvelle réflexion.

Map of the Internet by Opte Project

Le cyberespace fait trembler sur leurs bases les concepts d’incarnation, de subjectivité, d’identité. En ligne, tout est question de choix. Parce que tout se passe par l’intermédiaire d’une machine, le bavardage textuel permet de s’abstraire de son corps. On peut facilement « parler » à des inconnus et ne pas se décrire ou mentir dans la description de son physique. On peut aussi fragmenter son identité en fonction du contexte en choisissant d’avoir, sur Amazon, un nom d’utilisateur différent de celui choisi sur FriendFeed par exemple. Sans nul doute, ces nouvelles libertés nous obligerons à repenser et à réajuster de nombreux concepts chers à notre culture. David Weinberger dans son « Small Pieces Loosely Joined: A Unified Theory of the Web » (2002) explore ces changements et leurs implications philosophiques avec une grande minutie et un optimisme rafraîchissant.

Malgré l’inconfort que ces bouleversements suscitent maintenant, il est très important de protéger ces caractéristiques du cyberespace parce qu’elles permettent à des groupes qui n’avaient jamais eu accès aux médias de masses d’être entendus. Dans sa présentation Comment les médias sociaux peuvent faire l’histoire, Clay Shirky explique comment les technologies de l’information et de la communication permettent à des activistes aussi bien américains que chinois ou iraniens de se coordonner et d’influencer positivement la marche de la démocratie. Pour que cela continue et devienne la norme, le caractère techniquement peu contraignant de l’Internet doit être préservé et les législations liberticides discutées actuellement dans de nombreux pays comme l’ACTA ou le filtrage de l’Internet doivent être stoppées.

En juin 1990 déjà, John Perry Barlow s’inquiétait des actions du gouvernement américain qui menaçait, par ses actes arbitraires, d’annihiler la liberté que les utilisateurs trouvent dans le cyberespace. À la fin de « Crime et perplexité », il annonce la création de la Fondation pour la Frontière Électronique, l’EFF pour « transmettre au public et aux législateurs des métaphores qui leur montreront l’intérêt de libérer le Cyberespace ». Cette fondation, tout comme la Quadrature du Net qui propose des documents en français sur ces problèmes, continue ce travail jusqu’à ce jour.

Même si l’Internet semble fonctionner de façon invisible, il a été construit avec des valeurs d’égalité et d’ouverture. Et si son utilisation fait émerger des problèmes économiques et politiques, il nous appartient en tant que cyber-citoyens de les résoudre en protégeant ces valeurs. Plus que jamais, des législateurs et des intérêts privés tentent d’en prendre le contrôle. Chacun peut influencer en bien et protéger le cyberespace, car c’est notre richesse commune.

Cet article a été publié en premier dans «Courants, le journal des étudiant-e-s de l’Université de Genève» No. 146 en Mars 2011.

La journée Ada Lovelace

Le 7 octobre prochain, le «Ada Lovelace Day» célébrera, comme chaque année, les femmes actives dans le domaine des sciences et de la technologie. À cette occasion, chaque blogueur est invité à évoquer une de ces femmes, qui a eu un impact sur son parcours personnel. Il peut ensuite poster l’URL du billet sur FindingAda.com.

Ada Lovelace

Ada Lovelace by Margaret Carpenter, 1836Ce jour particulier a été baptisé du nom d’Ada Lovelace. Célèbre comtesse passionnée de mathématiques, elle a traduit et annoté une description de l’ordinateur à vapeur de Charles Babbage. Elle a compris très vite le potentiel des ordinateurs au delà des mathématiques, pour le dessin et la musique. Ses notes contiennent, entres autres, le premier algorithme publié. Beaucoup d’historiens des technologies la considèrent donc comme le premier programmeur informatique de l’histoire. Je vous avais déjà parlé de l’ordinateur à vapeur de Charles Babbage en évoquant le « Plan28 » dans un précédent billet. Vous pouvez vous y référer pour plus de détails.

Événement à succès

Cet événement est organisé par Suw Charman-Anderson, aujourd’hui consultante en logiciels sociaux et auteur. Avant de créer le «Ada Lovelace Day», elle fonde le «Open Rights Group», un groupe de défense des libertés en ligne, en 2005. Suw vient aussi de publier un roman anglophone, Argleton, disponible gratuitement sur son site.

Le premier Ada Lovelace Day date du 24 mars 2009. Plus de 1200 personnes ont consacré un billet à une femme scientifique ou technologue cette année là. La journée de célébration a attiré l’attention de divers médias tels que BBC News, The Guardian, et Computer Weekly. En 2010, le même succès s’est représenté. Cette année, la date change pour mieux accommoder les calendriers universitaires. En plus d’être un événement en ligne, une journée spéciale sera organisée à la Société Britannique d’Informatique, à Bletchley Park dans la banlieue londonienne, ainsi qu’aux États-Unis en Virginie. D’autres villes européennes verront la création de telles rencontres dans les années à venir.

En attendant, blogueuses, blogueurs, commencez à réfléchir à une femme du domaine des sciences et de la technologie qui vous inspire. Écrivez un billet, postez-le ce jour là et mettez en l’adresse sur FindingAda.com

L’opportunité Google Plus

J’entends souvent des amis demander:

«Je suis déjà sur Facebook. Ai-je vraiment besoin de Google Plus ? Et pour quel usage ? Professionnel ?».

Très bonne question ! Google a crée, avec Google Plus, une plate-forme de partage solide qui s’est déjà fait une place dans l’écosystème des réseaux sociaux. Le nouveau service ne se cantonne pas à un seul usage. Vous pourrez créer, dès le début, des cercles de contacts différents pour la famille, les collègues, les connaissances, etc. On peut ensuite les afficher un par un ou tous à la fois. De plus, l’utilisateur a un contrôle total sur la visibilité de chaque publication. Vous pourrez rendre visible un lien à une seule personne, un cercle, ou le web tout entier.

Ainsi, tout dépendra de la structure de vos cercles et de la nature de vos publications. Pour autant que cette distinction ait encore un sens, Google Plus pourrait bien servir pour des contacts professionnels et personnels.

Google Plus, en grandissant, va forcément influencer les autres réseaux sociaux. Ses principaux concurrents sont certainement Facebook et Twitter. Le géant bleu n’a pas de gros soucis à se faire pour le moment. Il n’y aura pas d’exode massif. Dans l’immédiat, l’effet de réseau protège Facebook. Tous mes amis, à de rares exceptions près, ont un compte Facebook et l’utilisent régulièrement. Ainsi, Facebook a plus de valeur pour moi qu’un nouveau réseau dont mes amis sont absents.

Des relations asymétriques

Cependant, il est clair que Google Plus fait des remous dans le monde des réseaux sociaux et oblige Facebook a revoir certains de ces comportements. Google Plus a adopté un modèle de relation asymétrique proche de celui de Twitter. Vous pouvez suivre les publications publiques des utilisateurs sans leur demander leur avis et ils ne sont pas tenus de suivre les vôtres en retour. Jusqu’à présent, Facebook définissait uniquement des relations symétriques. Les liens d’amitié sont établis seulement si les deux personnes donnent leur accord. Dans le cadre de son effort pour pousser ses utilisateurs à être plus public, Facebook a ajouté un modèle de relations asymétriques. On peut maintenant « s’abonner » aux publications des gens sans en faire des « amis ».

Grand salon de partage

Twitter quant à lui, reste un outil de veille incontournable sur lequel il est facile de suivre des centaines, voire des milliers de personnes. Google Plus ne permet pas de suivre des centaines de personnes et des célébrités aussi facilement. Twitter présente les messages dans un ordre chronologique et ne requiert pas de faire attention à chacun d’eux. En revanche, Google Plus classe les messages par importance en prenant en compte les commentaires et les «+1». Les célébrités comme Ashton Kutcher, Britney Spears ou Lady Gaga deviennent donc difficile à suivre sur la plate-forme sociale de Google car les commentaires de leurs nombreux fans font sans cesse remonter leurs publications dans le classement. À cet égard, Google Plus ressemble à un salon de discussion ou une mailing list. Pour que la conversation ait de l’intérêt, il faut que l’équilibre soit maintenu entre les différents participants. Twitter, en revanche, peut être utilisé comme un mégaphone pour diffuser des idées rapidement ou comme une méga-oreille pour faire de la veille à grande échelle.

Google Plus représente une opportunité d’affirmer ses compétences en partageant publiquement des textes, des photos et des liens sans être contraint par la limite de 140 caractères imposée par Twitter. J’ai commencé à l’utiliser pour entrer en contact entres autres, avec des professionnels du web et je compte continuer sur ma lancée. Avec ces quelques indications, vous pourrez expérimenter, vous aussi, sans crainte. Laissez un commentaire qui explique comment vous comptez utiliser le service et l’adresse de votre profil 🙂

Gruyères : des oeuvres du créateur d’«Alien» au romantisme dans le château

Gruyères, petit bourg médiéval niché dans une vallée du canton de Fribourg, offre une expérience saisissante mêlant l’angoisse, le romantisme et le gras. On passe de l’œuvre de Hans Rudolf Giger, exposée dans son propre musée, à celle de Camille Corot dans le château en passant, généralement, par un des restaurants de la place.

Sur les coups de midi, les cauchemars mystico-pornographiques de H.R. Giger ont un effet cathartique. Connu pour avoir créé les monstres et les décors du film « Alien, le huitième passager », cet artiste suisse est le pionnier du mariage entre le mécanique et le biologique (« biomécanique ») qu’on retrouve aujourd’hui dans de nombreuses œuvres de science fiction. Sa démarche de sublimation de ses angoisses nocturnes est fascinante. Sa maîtrise technique force le respect. Le mariage des thèmes de la mort, de la sexualité, de l’agoraphobie et d’autres formes d’angoisses notamment technologiques donne le vertige.

Birth_machine

Des os, des crânes, des serpents, et des pentagrammes inversés se retrouvent profusément dans son œuvre. Le sexe surtout est un danger et une préoccupation constante. Les attraits de ses créatures féminines sont mortels. Les tétons deviennent des dards métalliques ou des bouches avides, les canines se font plus longues… Dans « Birth Machine », l’utérus devient une arme qui tire des petits hommes.

Après la visite du musée Giger et l’ingestion de spécialités locales : une riche fondue et quelques meringues nappées de double crème, le contenu du château de Gruyères peine presque à capter l’attention. On commence la digestion en contemplant les courbes de la vallée depuis le parvis du château. Puis, la majesté de la forteresse fait bientôt son œuvre. Un spectacle multimédia aussi fascinant qu’instructif retrace la riche histoire du lieu. Les murs du salon Camille Corot, en particulier, avec ses bergers et ses bergères folâtrant innocemment dans une nature verdoyante et idéale offrent un calme bienvenu.

Salon Corot au Château de Gruyères

Les légendes colorées peintes par Daniel Bovy sur les murs de la salle des chevaliers finissent de nous extirper de l’univers sombre de Giger.

Toute la tension accumulée entre passé du lieu et anticipations apocalyptiques, entre la pierre du château et le métal des machines, entre le romantisme bon enfant et la noirceur de l’inconscient se déchaîne dans un orage salutaire sous lequel il faut courir pour rejoindre la gare. Détrempé et heureux, l’air conditionné de l’InterCity nous achève. Mais quelle expérience !

La semaine en enfer de Molly Crabapple

Les premiers échos de la semaine en enfer de Molly Crabapple ont commencés à apparaître sur son blog.

tumblr_lqyo96gkmh1qzocfyo1_500Cette artiste a décidé de s’enfermer dans une chambre d’hôtel pendant cinq jours pour couvrir les murs de dessins à l’occasion de son vingt-huitième anniversaire. Elle va se dépasser, explorer les limites de son endurance puis documenter l’expérience dans un court-métrage et peut-être aussi un livre. Des morceaux de la fresque ainsi réalisée seront ensuite signés et envoyés aux sponsors qui l’ont soutenue à hauteur de vingt dollars et plus sur Kickstarter, un site de co-financement.