“The Social Network”: une bonne soirée

J’ai aimé “The Social Network”. Beaucoup de voix influentes en ligne ont soulevé des questions très intéressantes. Pour n’en citer que quelques-uns, Jeff Jarvis l’a ressenti comme une réponse agressive et peu élaborée aux changements radicaux qu’internet apporte à notre culture. Lawrence Lessig, quant à lui, reconnaît sa valeur en tant que divertissement mais condamne son message à propos des entrepreneurs auxquels le web permet de créer sans demander la permission à quiconque. Moi, j’ai passé une bonne soirée.

Pour commencer, ni ce film ni le roman de Ben Mezrich duquel il est adapté, “The Accidental Billionaires: The Founding Of Facebook, A Tale of Sex, Money, Genius, and Betrayal” (lien d’affiliation), n’ont été avalisés ni par Facebook, ni par son créateur Mark Zuckerberg comme certains semblent le penser parmi mes amis sur Facebook.

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Il y a quelque chose de paradoxal dans la façon dont ce film se place dans le rapport entre la réalité et la fiction. Si on le mesure à l’aune des commentaires de l’auteur du script Aaron Sorkin, sur la plateau du “Colbert Report” sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une fiction, alors c’est très mauvais. Si on le voit comme une fiction totale et qu’on fait abstraction des noms des personnages et du site web dont il est censé raconter la genèse, il n’aurait certainement jamais été tourné. Au final, il profite de l’aura de Facebook tout en prenant de très larges libertés avec les faits. Tout comme dans “The West Wing”, Aaron Sorkin prend un malin plaisir à brouiller la frontière entre la réalité et la fiction. Cependant, dans la série, il avait le temps au fil des épisodes de poser de vraies questions et d’y apporter des éléments de réponse en utilisant des évènements proches du réel et des personnages fictifs. Dans ce long métrage, cette technique ne se trouve au service que du divertissement pur. Le résultat est assez jouissif mais, s’il on y prend pas garde, aussi dangereux.

Bien sûr, on ne connaitra jamais la vérité définitive sur la genèse de Facebook. Aaron Sorkin et David Fincher ne nous proposent, quoi qu’ils en disent, qu’une fiction solide et bien racontée sur des personnages portant des noms de personnes vivantes.

Comme la plupart des commentateurs l’ont souligné,le film aurait pu être différent, explorer les motivations de Mark Zuckerberg. Les rares indications que le film donne semble pointer vers des motivations entièrement d’ordre sexuel et affective. Mais condamner le film pour cette seule raison serait comme condamner l’iPad pour son total manque de port USB…

J’étais rivé à mon siège pendant tout le film et les gens avec qui j’ai été le voir ont été conquis eux aussi. Certains s’attendaient à une daube. La structure des dépositions entrecoupées de flashback ne m’a pas dérangé. Elle fonctionne assez bien et permet de donner ce cachet pseudo-réaliste au film. La musique de Trent Reznor pose l’ambiance et soutient bien l’action.

Le rôle dévolu aux personnages féminins est dérangeant. Elles sont dans l’histoire des “prix” que les personnages masculins tentent de gagner. Ce choix est discutable, mais encore une fois, l’histoire fonctionne.

On peut aussi interroger le message central que le film fait passer. Les entrepreneurs du net sont présentés sous un jour très peu attrayant. Même s’ils restent plus complexes que les personnages féminins, leurs mauvais côtés sont mis en avant de façon presque excessive. De mon point de vue, la chose à retenir est leur désir de changer le monde pour le meilleur. Parfois, ils y arrivent même si leurs solutions ne sont jamais parfaites. Napster, par exemple, a effectivement changé le marché de la musique pour toujours et aucune décision de justice ne permettra de revenir en arrière.

Je suis en profond désaccord avec beaucoup des idées que Facebook essaie d’imposer en ligne et révolté par les efforts concertés des médias et des industries culturelles pour instiller la peur à propos d’internet. À mon avis, ce film n’apporte pas grand chose aux débats sur le futur de notre culture commune. C’est un film divertissant, mais il est inutile d’essayer d’en tirer des conclusions quant à la vie, l’évolution technologique ou la protection des données. J’en ai tiré une bonne soirée avec des amis, ni plus, ni moins.