Nouvelle version de «Sur la Route» par Jack Kerouac

Je suis en train de lire une nouvelle édition de mon livre fétiche: «Sur la Route» de Jack Kerouac. vient d’être ré-édité en version non expurgée et peu éditée. On peut le trouver aussi bien en français qu’en anglais. À cette occasion, j’aimerais revenir succinctement sur ce qui fait de ce livre phare de la ”Beat Generation”, jeunes artistesayant connus la seconde guerre mondiale, un de mes préférés.

Rouleau original de Sur la Route

J’aime ce classique de la littérature de voyage américaine. Surtout parce que son statut de classique est très disputé. Par exemple, Truman Capote a un jour dit de la prose de Jack Kerouac: “Ce n’est pas de l’écriture, c’est de la dactylographie”. Encore aujourd’hui, de nombreux écrivains et critiques refusent de voir la valeur littéraire de son œuvre.

Peut-être que j’aime aussi son roman pour sa genèse particulière et les principes sur lesquels se basent les écrits de Kerouac en général. Ils m’ont convaincus que l’écriture est à ma portée d’une certaine façon. Jack Kerouac aurait tapé «Sur la Route» en utilisant de la drogue pour se tenir éveillé presque sans discontinuer pendant trois semaines en attachant les feuilles les unes aux autres avec du papier collant. Le rouleau mesurant 36.5 mètres n’est composé que d’un seul gigantesque paragraphe. Le rythme de la frappe était censé constituer une musique qui devait se retrouver dans sa prose et ressembler à une improvisation de jazz. Il appartient à chaque lecteur de décider à quel point c’est réussi. Mais la puissance avec laquelle la prose de Kerouac déferle fait l’unanimité.

En plus d’une œuvre assez conséquente, Kerouac a laissé des essais et explications sur la manière d’écrire ce nouveau type de prose. Quoi qu’on en pense et qu’on décide ou pas de les suivre dans leur intégralité, ses «Principes de prose spontanée» et ses «Croyance et technique pour la prose moderne» constituent de bons points de départ pour apprendre à libérer sa créativité littéraire.

Malgré les idées esthétiques radicales (que Kerouac aurait en partie piochée dans sa correspondance avec Neal Cassady), et même s’il pointe dans la direction de l’Ouest, pousse la jeunesse à quitter les villes et semble fustiger les valeurs bourgeoises, «Sur la Route» n’est pas un roman révolutionnaire dans son propos. Il n’est même pas vraiment révolté, mais exalté, plein de désirs et brossant finalement le portrait du continent américain. Le professeur Amy Hungerford, dans son cours sur ce roman, souligne à quel point le consumérisme est présent dans le roman. Comment les personnages consomment leurs aventures sur la route. Elle montre comment le narrateur revient affamé dans la cuisine de sa mère et vide la boîte de provisions, comment l’achat d’un réfrigérateur par le narrateur et celui d’une voiture à crédit par Dean Moriarty reflètent les valeurs consuméristes naissantes de l’Amérique des années 50.

Ce que l’on peut apprécier aussi, c’est le retentissement culturel indéniable du texte. Dans les années 60 et 70, de plus en plus d’étudiants lisent Kerouac. Bob Dylan, notamment, cite ce livre parmi ses premières inspirations. Du côté des penseurs et écrivains, Sven Birkerts et Thomas Pynchon ont été influencés par les écrivains Beat. Même Charles Bukowski dont le style est bien plus concis et racé, dira admirer l’énergie qui se dégage de la prose de Jack Kerouac. La Beat Generation a finalement donné naissance au mouvement hippie.

Ce roman a encore été relativement peu étudié, la littérature secondaire ne s’est mise à abonder que récemment. Le foisonnement de thèmes, de problématiques fascinantes comme la manière dont les afro-américains et les mexicains sont caractérisés, le manque de profondeur et l’utilisation de stéréotypes dans la construction des personnages féminins, la façon dont l’homosexualité est abordée combinée à l’apparente facilitée avec laquelle il a été composé provoque chez de nombreux fans de l’auteur une admiration sans cesse renouvelée qui ne faiblit pas lorsque l’on étudie le livre avec un œil critique et informé.

Si vous ne le connaissez pas, précipitez vous dans une bibliothèque ou une librairie et lisez-le. Vous saurez tout de suite si cet auteur vous parle ou pas. 🙂 Dites nous ce que vous pensez du livre dans les commentaires, on vous attend.